Un grand connaisseur de la spiritualité musulmane s'est éteint

Hommage à Jean-Louis Michon


Par Tayeb Chouiref | le 8 mars, 2013

Son nom, Jean-Louis Michon, est connu des spécialistes de l'islam mais peu connaissent son nom en islam 'Ali 'Abd al-Khâliq. Il s'est éteint paisiblement le 22 février dernier, à l'âge de quatre-vingt huit ans.

Lorsque je le rencontrai pour la première fois, en juin 2002, l'étendue de son savoir et l'extraordinaire richesse de son parcours intellectuel et spirituel m'impressionnèrent fortement. Il s'en suivit dix ans d'amitié et de fraternité qu'il me fit l'honneur de m'accorder. Puissent les lignes qui suivent être un hommage à un homme qui n'eut de cesse de mieux faire connaître l'islam et de montrer le caractère universel de sa spiritualité.

 Jean-Louis Michon naquit en 1924 à Nancy et fut élevé en milieu bourgeois dans le catholicisme traditionnel. Il confia avoir reçu à l'âge de huit ans « un premier signe de la présence de Dieu et de sa protection ». Alors qu'il était à la piscine avec son père et ses frères, il perdit soudain pied et commença à sa noyer. L'angoisse le saisit et il se mit à prier très fortement : « Je ressentis alors une grande paix et, en toute confiance, glissai vers l'inconscience. Lorsque j'ouvris les yeux, mon père était au-dessus de moi et me faisait régurgiter l'eau que j'avais avalée... Telle a été ma première expérience spirituelle, celle qui m'a surtout appris la validité de la prière. »[1]

Jeune adulte, sa quête intérieure se précisa et il comprit qu'il lui fallait une voie adaptée à ses besoins spirituels : « J'ai très tôt compris que si je voulais suivre sérieusement une voie spirituelle, la seule possibilité que m'offrait le catholicisme était de devenir moine. Or, je n'avais pas la vocation de devenir moine... C'est pourquoi j'attendais qu'une autre voie s'ouvre à moi. »[2]

J.-L. Michon avait quinze ans lorsqu'en 1939 éclata la seconde guerre mondiale. Sa famille fuit Nancy pour se réfugier à Arcachon pensant ainsi échapper aux soldats Allemands. Se rendant compte de l'inutilité de cet exil, lui et sa famille retournèrent à Nancy où il put obtenir son baccalauréat de philosophie, puis suivre deux ans d'études en Droit et une licence d'anglais. Munis de ces diplômes, il partit pour Paris afin de compléter sa licence de Droit et suivre le cursus de la célèbre école de Sciences politiques. 

La découverte de l'œuvre de René Guénon.

De retour à Nancy, il fonde, avec un groupe d'amis, un cercle de réflexion pour « discuter et tenter de trouver des solutions aux dilemmes et aux errements d'un monde chaotique. »[3] Ces rencontres avaient lieu dans la boutique d'un libraire-poète, et c'est lui qui fit découvrir à ces jeunes chercheurs l'œuvre de René Guénon. Les écrits de ce grand métaphysicien marquèrent fortement le  jeune homme en quête de Vérité. J.-L. Michon dira de l'œuvre de Guénon :« Son œuvre, c'était la Vérité qui entrait dans ma vie, apportant des réponses d'une claire évidence aux questions que je me posais et que ne parvenaient pas à résoudre les valeurs de la bourgeoisie provinciale, qui reposait sur un catholicisme figé dans le moralisme. »[4]

Jean-Louis Michon lut alors plusieurs fois L'homme et son devenir selon le Vêdânta,[5] dans lequel la doctrine de la non-dualité et la nature spirituelle de l'homme sont exposées de manière à la fois directe et accessible à un public occidental. Un des aspects les plus marquants des écrits de Guénon est indéniablement sa critique sans concession de ce qu'il appelle « la déviation moderne » : « La lecture des livres dans lesquels Guénon faisait le procès d'une civilisation occidentale pervertie – La Crise du monde moderne, Orient et Occident, Le Règne de la quantité et les signes des temps – apportait une justification à notre désarroi, une explication du déséquilibre foncier dont souffrait une société coupée de ses racines spirituelles et oublieuses des fins dernières de l'homme. »[6]

R. Guénon revient souvent sur la façon dont l'Occident s'est détaché des valeurs spirituelles depuis la Renaissance, le développement de l'ère industrielle, le scientisme et le matérialisme. Or, souligne Jean-Louis Michon, ces valeurs spirituelles sont le fondement de toutes les grandes civilisations, y compris celui du Moyen Age chrétien. Il reconnaît en Guénon le penseur qui permit à l'intelligence des jeunes gens de son groupe « d'échapper à la prison des idéologies modernes ». Il dira ainsi : « Guénon était pour nous le Platon de l'époque, un rayon de lumière céleste projeté dans un monde malade. »[7]


J.-L. Michon et René Guénon (Le Caire, 1947)

Un autre enseignement fondamental que J.-L. Michon tire des écrits de Guénon est que la connaissance théorique des vérités universelles n'est qu'une étape préparatoire pour la réalisation de la connaissance véritable qui ne peut se faire que « dans le cadre d'une institution traditionnelle authentique et sous la direction d'un guide ayant lui-même parcouru le chemin de la quête mystique. »[8] Pour satisfaire à la nécessité d'un tel rattachement, J.-L. Michon eut d'abord l'idée d'entrer dans le bouddhisme zen. Il avait, en effet, découvert, au cours d'une visite dans un musée parisien, la richesse et la profondeur de la culture du Japon traditionnel. La lecture de l'ouvrage Essais sur le bouddhisme zen de Suzuki acheva de le convaincre. Il décida donc de tout abandonner pour se rendre au Japon en espérant y trouver l'enseignement spirituel auquel il aspirait. Mais quelques jours avant la date fixée pour son départ, en août 1945, la bombe atomique lancée sur Hiroshima mit fin à ses espoirs. C'est alors qu'il lut, par une heureuse coïncidence, un passage de  l'ouvrage d'Augustin Berque, intitulé L'Islam moderne, évoquant la figure du grand mystique algérien, le Cheikh Ahmed al-Alawî mort en 1934. A. Berque indiquait notamment que ce maître spirituel avait eu des disciples européens qui étaient entrés en islam et suivaient la voie soufie : « Cette simple phrase eut sur moi un effet immédiat : une intense émotion me saisit et je pleurai de joie. Je sus en un instant que le Cheikh al-Alawî venait de me montrer la voie à suivre, une voie que, quelques mois plus tôt, je pensais trouver dans un monastère zen. »[9]

J.-L. Michon savait que R. Guénon s'était installé au Caire depuis le début des années trente où il était connu de certains cercles spirituels sous le nom 'Abd al-Wahîd, le « serviteur de l'Unique ». Il   sentit alors qu'il devait également entrer en islam et y trouver un guide spirituel. Un collaborateur de la revue Etudes traditionnelles dans laquelle écrivait régulièrement R. Guénon, lui fournit l'adresse en Suisse de Frithjof Schuon qui dirigeait un groupe d'initiés à la voie soufie. La plupart, d'origine européenne, étaient des lecteurs de R. Guénon. Le représentant de F. Schuon à Paris était Michel Mustafa Vâlsan : « C'est celui-ci qui, avec une grande générosité, suivit et facilita mon apprentissage de la loi musulmane, la sharî'a, base indispensable de la voie spirituelle, la tarîqa, en même temps qu'il me faisait bénéficier de son intimité avec l'œuvre d'Ibn 'Arabî. »[10]

La rencontre avec Frithjof Schuon et la voie spirituelle en islam

C'est donc F. Schuon – le Cheikh 'Isâ en islam – qui accueillit J.-L. Michon, le reçut en islam et et l'initia à la voie soufie, celle du Cheikh al-Alawî. Il lui donna son nom en islam : 'Ali 'Abd al-Khâliq. Questionnant son nouveau guide sur l'utilité d'un séjour en terre musulmane, le désormais 'Ali Michon fut encouragé par lui à se rendre au Proche-Orient. C'est alors qu'un poste de professeur d'anglais lui fut attribué au lycée franco-arabe de Damas. Quelques temps après son arrivée à Damas, à Pâques de l'année 1947, 'Ali put se rendre pour la première fois au Caire afin d'y rencontrer R. Guénon qui avait accepté de le recevoir : « Venant lui-même nous ouvrir sa porte, Cheikh 'Abd al-Wahîd, habillé d'une longue tunique (guellabiyya) m'accueillit d'emblée comme un intime. J'étais fort intimidé, mais il sut me mettre à l'aise en me donnant des nouvelles d'amis communs, du Cheikh 'Isâ (F. Schuon), qui lui avait rendu visite en 1939, et de Luc Benoît, auteur d'ouvrages d'inspiration très guénonienne. Par contraste avec la rigueur catégorique de ses écrits, avec la sévérité d'une plume qui pourfendait sans concession les erreurs modernes, les déviations de l'occultisme et du spiritisme, les dangers de la contre-initiation, l'humilité rayonnant de sa personne était d'autant plus frappante. »[11]

De retour en Europe, 'Ali s'installa en Suisse et devint le voisin de F. Schuon. Cette  proximité lui permit de profiter au mieux de ses enseignements spirituels : « Je vécus cinq ans dans la proximité du maître et de ses plus proches disciples. La richesse des dons reçus de sa part, sous forme d'entretiens privés ou d'exhortation et de rappels (mudhâkarât), sous forme de pages manuscrites destinées à accompagner et alimenter les réflexions des disciples, est incommensurable... Il nous a ouvert une voie dorée pour la méditation et le cheminement dans la tarîqa,en pleine conformité avec les enseignements et les conseils qui remontent au Prophète. »[12]
   


Frithjof Schuon (Suisse, vers 1940)    
      
La maturité et l'œuvre écrite de J.-L. Michon

Devenu musulman depuis quelques années, 'Ali eut à cœur d'étudier la langue arabe et les sciences islamiques, ce qui le mena à nouveau à Damas où il rencontra le Cheikh Muhammad al-Hashimî (m. 1961), un disciple algérien du Cheikh al-Alawî. Il rédigea, bien des années plus tard, une biographie consacrée à cette autorité spirituelle et traduisit un de ses ouvrages les plus importants en français.[13] 'Ali découvrit auprès du Cheikh al-Hâshimî l'œuvre du grand soufi marocain Ibn 'Ajîba. Il lui consacra sa thèse de doctorat : Le Soufi marocain Ibn 'Ajîba et son mi'râj. Glossaire de la mystique musulmane. Il s'agit d'une étude précieuse dans laquelle il présente avec une grande clarté la terminologie en usage dans la mystique musulmane.

Les recherches sur la vie et l'œuvre d'Ibn 'Ajîba amenèrent J.-L. Michon à séjourner au Maroc à de nombreuses reprises durant les années 60. Après avoir soutenu sa thèse à la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Paris, en novembre 1966, il conserva un grand intérêt pour le Maroc. Certaines villes, comme Fès, possédaient alors encore un caractère traditionnel très marqué.   Cela le poussa à accepter une mission de préservation du patrimoine qui lui fut confiée par l'Unesco. Il mena ainsi entre 1972 et 1980 une séries de travaux en collaboration avec Titus Burckhardt (m. 1984) afin de proposer une série de mesures visant à sauvegarder le mode de vie traditionnel de la médina de Fès ainsi que l'ensemble des caractéristiques culturelles et spirituelles qui lui sont liées.[14] Dans un rapport qu'il remit à l'Unesco, J.-L. Michon expose l'importance de la préservation des arts et des métiers traditionnels en terre d'islam : « La place importante faite aux arts traditionnels dans la société islamique vient de ce qu'ils façonnent pour cette société un cadre de vie conforme à la fois à ses aspirations spirituelles et à ses besoins matériels, sans séparer les deux domaines, mais en s'efforçant, au contraire, de les relier, d'unir le beau et l'utile, l'esthétique et le fonctionnel. La main de l'artisan traduit en mode visible des réalités subtiles, elle imprime à l'architecture et aux objets d'usage courant la marque du Message révélé qui a été à l'origine de l'islam et qui continue de lui insuffler sa vigueur. D'où la cohésion remarquable des arts musulmans à travers le temps et l'espace, cohésion qui n'a pourtant jamais exclu la variété des styles ni la spécificité régionale et locale des productions artistiques. »[15]

Après avoir accompli ces missions, il mit ses qualités de traducteur et sa connaissance de la langue anglaise au service de la traduction française d'un ouvrage de haute qualité concernant la vie du Prophète Muhammad. Cet ouvrage est celui de son ami et condisciple Martin Lings : Le Prophète Muhammad. Sa vie d'après les sources les plus anciennes. Il est aujourd'hui une des références les plus importantes concernant la Sîra, la biographie traditionnelle du Prophète. 
   


J.-L. Michon et Martin Lings (Le Caire, été 1947)

L'amour  que 'Ali portait au Prophète était intimement lié à son cheminement initiatique à travers le voie soufie. L'injonction coranique de prendre le Prophète pour modèle spirituel était essentielle pour lui : « Par sa personnalité, par son enseignement, par les vertus dont il a donné l'exemple, le Prophète Muhammad fut le premier des soufis, le modèle qui inspira les mystiques de toutes les générations ultérieures. Dans la tradition prophétique, la sunna, les soufis puisent une grande partie des directives et des conseils qui à tous les moments et dans toutes les circonstances, aide le chercheur de Dieu à réaliser l'idéal du faqr, de la pauvreté spirituelle. »[16]La pauvreté spirituelle dont il est question ici, est une notion coranique importante. Elle représente pour 'Ali l'axe principal de la voie spirituelle : « Une autre notion coranique qui joue un rôle fondamental dans la quête mystique est celle de la disponibilité pour Dieu – l'équivalent du vacare Deo des mystiques chrétiens –, idée que traduit le mot arabe faqr, signifiant littéralement la ''pauvreté''. De faqr est dérivé le mot faqîr, terme qui signifie ''pauvre'' et sert à désigner le mystique musulman. Un verset du Coran (XXXV, 15) dit : '' Ô hommes, vous êtes les pauvres envers Dieu ; Lui est le Riche !'' Cette énonciation a un sens littéral et évident : elle constate l'infinité de la plénitude divine et, en face de cette richesse, l'état de dépendance de l'homme et son indigence foncière. Mais ce verset contient aussi une exhortation est une promesse : c'est en effet en prenant conscience de son état de pauvreté et en tirant toutes les conséquences qu'il implique que l'homme réalise la vertu d'humilité, qu'il se vide de toute prétention... »[17]

Interrogé sur le message qu'il aimerait laisser aux jeunes générations, il dit, en forme de testament spirituel : « À mes contemporains, ceux de toutes les générations, je dirai, comme je me le dis à moi-même : préparez-vous à la rencontre avec Dieu ! C'est Lui qui nous a gratifié d'un don inestimable : l'intelligence, que l'homme parmi tous les êtres de la création est seul à posséder. Elle est le lien avec Lui, elle dirige toutes nos facultés psychiques et corporelles et, tournée vers le Seigneur suprême, éclairée par sa lumière, elle donne à chacun la possibilité de mieux se connaître et de se diriger vers ce qui est bon pour lui. Je dirais aussi : le chemin de la connaissance de soi ne peut se parcourir qu'en chassant de son âme les préjugés, les fausses valeurs et les faux dieux qui ont envahi l'Occident moderne, et en les remplaçant par une fréquentation assidue des ouvrages et des œuvres qui expriment le sens du sacré et les idéaux traditionnels. Quant à la voie qui repose sur la pratique d'une discipline spirituelle et la direction d'un maître confirmé, chacun devra la chercher, avec le secours de la prière, en regardant vers les portes, encore nombreuses de nos jours, qui savent s'ouvrir aux âmes sincères. »[18]



     J.-L. Michon et l'auteur (à gauche), au Caire en déc. 2005. 

Nul doute qu'un tel message saura atteindre les âmes de ceux et de celles qui sont touchés par l'appel de l'Absolu. Tous ceux qui ont approché 'Ali Michon ont pu constater que « la préparation à la rencontre avec Dieu » se doublait chez lui d'une attention et d'une générosité admirables envers les autres, tous les autres. 
Que Dieu accueille cette âme qui fit tant d'efforts pour Le trouver.
Rahimahu Allah.
            

[1]   « La découverte d'un chemin de Vérité. Entretien avec Jean-Louis Michon », Terre du Ciel, février-mars 2006, p. 32.
[2]   « Tradition in the Modern World », Sacred Web, conférence donnée en 2006.
[3]   « La découverte d'un chemin de Vérité... », art. cit., p. 34.
[4]   Ibid.
[5]   Cet ouvrage parut pour la première fois en 1925.
[6]   « Dans l'intimité du Cheikh 'Abd al-Wahid Yahyâ – René Guénon – au Caire, 1947-1949 » dans L'Ermite de Duqqi, Milan, 2001, p. 252.
[7]   « La découverte d'un chemin de Vérité... », art. cit., p. 34.
[8]   Ibid.
[9]   « La découverte d'un chemin de Vérité... », art. cit., p. 35.
[10]Ibid.
[11] « Dans l'intimité du Cheikh 'Abd al-Wâhid Yahyâ... », art. cit., p. 255.
[12] « La découverte d'un chemin de Vérité... », art. cit., p. 36.
[13] Les deux textes ont paru aux éditions Archè sous le titre Le Shaykh Muhammad al-Hâshimî et son commentaire de l'Echiquier des gnostiques, Milan, 1998.
[14] Plusieurs de ces travaux sont consultables sur le site de l'Unesco. Voir, par exemple, « Contribution à l'étude de la réhabilitation des Fondouks », unesdoc.unesco.org/images/0005/000500/050032fo.pdf
[15]Projet de création d'une école de préservation des arts et métiers traditionnels à Fès, p. 1, consultable sur le site  unesdoc.unesco.org.
[16]Lumières d'Islam, Milan, 1994, p. 140.
[17]Ibid., p. 138-139.
[18] « La découverte d'un chemin de Vérité... », art. cit., p. 39.


sursa: http://www.oumma.com/16016/un-grand-connaisseur-de-spiritualite-musulmane-sest-et

Lansare de carte: “Sufism si poezie mistica in Persia” de Viorel Olaru

Lansare de carte: “Sufism si poezie mistica in Persia”
Editura Herald va invita la o incursiune pe meleagurile indepartate ale Persiei in ziua de joi, 7 martie 2013, ora 18.30, la ceainaria Tea House din Bucuresti. In cadrul serii va fi lansata cartea “Sufism si poezie mistica in Persia”, de Viorel Olaru.

In cadrul acestei intalniri, autorul cartii, dl. Viorel Olaru, un pasionat cercetator al civilizatiei persane, ne va impartasi din cunoasterea sa, ajutandu-ne astfel sa ne intoarcem „privirea catre Rasarit, pentru ca acolo zac nestiute sau uitate izvoare de intelepciune”. Invitatii serii vor aduce mai aproape de noi, din perspective diferite, lumea poeziei sufite si a marilor mistici persani. Expunerile vor fi insotite si de cateva momente de lectura din paginile cartii, un moment prielnic de apropiere cu spiritul oriental si cu invataturile sale.

Invitati:
Viorel Olaru, autorul cartii
Prof. Theodoru Ghiondea
Moderator: Vlad Doroican, PR Editura Herald

In cartile sale, Viorel Olaru se adreseaza nu doar studentilor si specialistilor, cat mai ales publicului larg, pe care il familiarizeaza cu ideile si valorile profunde ale unor spatii indepartate, invitandu-l in acelasi timp sa se delecteze cu placeri spirituale dintre cele mai rafinate.

de Cristina Mitrea
sursa:  4arte.ro

The legacy of Sufi poet Omar Ibn El-Farid*

*Ibn El-Farid is one of the greatest Egyptian mystic poets

Ibn El-Farid’s mosque Abdel-Rahman Sherief The city of the dead, or Qarafa, located in the heart of Cairo, is, unlike most Cairo’s neighbourhoods, clean and tranquil. It is the burial place of many historic Egyptian figures, including the great poet Omar Ibn El-Farid.

Ibn El-Farid, son of El-Farid in Arabic, or Sidi Omar as known locally, is one of the greatest Egyptian mystic poets. To this day his poems still read beautifully, including his masterpiece The Sufi Way, which is also the longest mystic poem ever written.

Born in March 1182, Ibn El-Farid was brought up to follow in his father’s footsteps and become a legal advocate. El-Farid in Arabic means he who advocates women’s rights in Shari’a or Islamic legislation.

However, Ibn El-Farid abandoned his studies and instead chose a solitary religious life. He frequently retreated to the foot of Moqattam hill for periods of spiritual reflection, and a mosque and shrine were built there to honour the significant reverence Egyptians in general and Sufis in particular have for him.

Ibn El-Farid left Egypt for Mecca where he studied Islam and Sufism with the prominent Iraqi mystic sheikh Ibn-Al Suhrawardi for 15 years and it was there that he composed most of his poetry. In Mecca he continued his religious solitary life and meditated on the meaning of life, the relationship between man and God and the nature of Sufism. He communicated his thoughts and reasoning through poetry.

Many historians mention in chronicles and biographies that Ibn El-Farid was able to compose more than 45 verses at once and that he was able to enter long states of ecstasy that could continue for 10 or more days. During these states he would not eat, drink or sleep, insisting that he was being nourished spiritually.

In Sufi history many stories about Ibn El-Farid and his miracles, known as karamat, are preserved and still find an audience eager to believe in his spirituality. One of the legends says that Ibn El-Farid was protected during his spiritual retreats by two lions send to him by God, while other tales mention special mystical and metaphysical abilities.

The mosque in Al-Moqattam was built in the 18th century by the Ottoman prince Ali Kared, who built another tomb for himself beside the mosque. In 1928, Princess Jamila Fahmy, King Fouad’s aunt, dreamed of Ibn El-Farid, quietly asking her to care for his mosque and shrine. The princess responded to his call and restored and renovated the mosque. He also built a huge, adorned dome beside it which still carries her name, Jamila’s Dome.

The mosque itself cannot be compared to the magnificent designs of Al-Hussein or Al-Azhar, but its location at the foot of Al-Moqattam and its simple structure lend it an atmosphere of peace and tranquillity.

The guard of the shrine said many foreigners also come to visit Ibn El-Farid shrine, especially during the summer and when his birthday is celebrated in March. Another Sufi singer, Yassin Al-Tohamy, is known for holding a celebration concert at the shrine every year on Ibn El-Farid’s birthday, when he recites Sidi Omar’s poems.

On these occasions Al-Tohamy’s mellow voice echoes over the city of the dead as he recites the timeless poems of Ibn El-Farid, and the sense of deep spirituality is shared among all those who have come to remember one of the greatest Sufi poets.

autor:   
sursa: dailynewsegypt.com

resurse suplimentare: http://www.poetry-chaikhana.com/Poets/I/IbnalFaridUm/


Whispering, then listening close (from The Poem of the Sufi Way)

by Umar Ibn al-Farid  
 
Whispering, then listening close
     from the vision of one
          casting away his all, instantly,
               out of an omnipotent hand.

Thus I read the knowledge of the scholars
     in a single word,
          and I reveal all the worlds to me
               with a simple glance.

I hear the many voices
     of those who pray in every tongue
          in a space of time
               shorter than a flash.

And I bring before me
     what before had been
          too far away to bear,
               in a blink of my eye.

I inhale the bouquet of gardens
     and the sweet scents clinging to the skirts
          of the four winds,
               in a simple breath.

I survey the far horizons round me
     in a momentary thought,
          and cross the seven heavens
               with a single step.


English version by
Th. Emil Homerin
Original Language
Arabic

Sidi Bou Saïd soigne son mausolée soufi

Reportage de notre correspondante en Tunisie, Mis en ligne le 24/01/2013

La zaouia de Sidi Bou Saïd, petit village huppé ultra-touristique aux maisons blanc et bleu, devait être rénovée pour la fête du Mouled, ce 24 janvier. Finalement, ce ne sera pas le cas. Mais cette fête populaire - rejetée par les prêcheurs salafistes - qui marque la naissance du prophète, aura lieu sur l’esplanade qui offre une vue imprenable sur le golfe de Tunis.

En cette veille de fête, les ouvriers s’activent. Dans la mosquée des femmes, on donne les derniers coups de pinceaux sur les arcades dentelées. Seule la pièce d’une dizaine de mètres carrés dans laquelle se trouve le tombeau du saint soufi Sidi Bou Saïd el-Béji est fermée au public. La porte est calcinée, les vitraux détruits. Dans la soirée du 12 janvier, cette zaouia vieille de sept siècles a été ravagée par les flammes.

"Traditionnellement, c’est à Kairouan que l’on fête le Mouled, mais cette année, cela sera particulier à Sidi Bou Saïd", note une villageoise. Des femmes viennent constater l’avancée des travaux et prodiguer quelques "conseils" à ces travailleurs qui font mine d’obtempérer. Un compte bancaire a été ouvert pour la réhabilitation du lieu. L’ambassadeur de France a annoncé, le 22 janvier, un don de 10 000 dinars (soit 5 000 euros).

Ce 24 janvier, Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, devrait se rendre sur place. Il y a une semaine, il a été "dégagé" par les habitants, tout comme le ministre de la Culture ou le président de la République qui avaient pourtant condamné l’acte. Le ministre des Affaires étrangères, qui dînait dans un restaurant de ce village perché sur une colline, a dû filer par la porte de service.

Après l’incendie, la réaction des habitants a été particulièrement vive. Ils se sont rendus le soir même devant le Palais de Carthage pour protester "contre la destruction de (leur) patrimoine culturel".

Une trentaine de mausolées

Rapidement, le ministère de l’Intérieur a privilégié la piste criminelle. L’enquête se poursuit. En huit mois, selon l’Union des confréries soufies, trente-cinq mausolées ont été profanés. Certains ont été totalement ou partiellement détruits ou incendiés. Dernier en date, celui d’Akouda, près de Sousse, a été calciné dans la nuit de mardi à mercredi. "Ces atteintes étaient attendues dans la mesure où des actes similaires ont eu lieu en Libye et au Mali", dénonce Mohamed El-Hani, le porte-parole de l’Union des confréries soufies. "Les gens derrière toutes ces attaques sont des wahhabites", un courant islamique radical venant d’Arabie saoudite, a surenchéri Mazen Cherif, le vice-président de cette union.

Si pour l’heure, tous les criminels ne sont pas identifiés, certains de ces actes sont effectivement attribués aux extrémistes religieux, comme la destruction à l’aide d’un tractopelle de la coupole du mausolée de Sidi Yacoub dans la région de Gabès. "Les orthodoxes musulmans considèrent le soufisme comme une hérésie. Certaines confréries ont reçu des menaces. Mais depuis l’affaire de Sidi Bou Saïd, la population se mobilise et tente de les protéger. C’est notre histoire et notre patrimoine qui sont attaqués", rappelle Zak Hamda, co-productrice du documentaire "Les Passionnés", sur les soufis tunisiens.

Croyance populaire et pacifique

Le soufisme est un islam maraboutique où Dieu est invoqué à travers le chant et la danse, une croyance populaire pacifique et spécifique à la Tunisie et au nord de l’Afrique. "Devenir soufi, c’est passer de gourmand à gourmet", fait image Samir, la cinquantaine et membre de la confrérie soufie de Sidi Belhassen, l’un des saints soufis les plus vénérés en Tunisie.

"Le jeûne et la prière, par exemple, sont les bases de la religion, mais pour se rapprocher de Dieu, il faut un minimum de théologie. ( ) Les wahhabites sont les plus ignorants dans l’islam. Leur pensée est dangereuse. Ils nous détestent, mais cela ne veut pas dire qu’ils vont aller jusqu’à mettre le feu", estime cet homme à l’air bourru. "Ils voudraient fermer ces lieux pour changer les mentalités mais ce n’est pas comme ça que cela marche."

autor: Julier Schneider 
sursa 

Biography of Mohamed


Ouverture des travaux de la 7e rencontre mondiale du soufisme à Madagh

Intervenants à l'ouverture de la rencontre à Madagh./MAPLa 7e rencontre mondiale du soufisme s'est ouverte lundi [21/01/2013] à Madagh (province de Berkane), sous le thème “le soufisme et la sécurité spirituelle : fondements, manifestations et perspectives”.

Cette manifestation, organisée par la Tariqa Qadiriya Boudchichiya en célébration de l'Aid Al Mawlid Annabaoui Acharif, permet d'établir un pont entre les civilisations et de contribuer au dialogue interculturel.

Initié en partenariat avec le Centre euro-méditerranéen d'étude de l'Islam actuel (CEMEIA, Paris), avec la participation de 55 chercheurs, universitaires et intellectuels, cet évènement témoigne de l'importance qu'accorde le soufisme sunnite à la promotion de l'individu au plus haut niveau de la moralité et à la consécration des valeurs de l'Islam, celles de la paix et du civisme.

Lors de la séance d'ouverture, l'accent a été mis sur le rôle du soufisme dans la consolidation de la paix et de la sécurité spirituelle. Les intervenants ont en effet appelé à la mise en évidence des principes et des valeurs d'ordre éducatif, moral et cognitif du soufisme en vue d'apporter des solutions aux problématiques qu'affronte l'humanité, notamment les dangers de division et de choc inter-civilisationnel.

Dans une déclaration à la MAP, le directeur de cette rencontre, Moulay Mounir El Kadiri Boudchich a estimé que les chercheurs sur l'histoire du Maroc constatent la forte présence du soufisme dans la vie des Marocains à travers les rôles, les missions mémorables de ses adeptes et de ses zaouias.

De nos jours, le Maroc peut se prévaloir d'une expérience singulière de brassage interculturel tout au long de son histoire millénaire et de complémentarité entre les composantes de son identité nationale et religieuse. Un atout qui lui a permis de se positionner en pôle de rayonnement du soufisme en Afrique, en Europe et dans le monde arabe.

aufait avec MAP
Dernière mise à jour : 23/01/2013
sursa:aufaitmaroc.com

Concert de chants soufis

Description
 
Des disciples de la Voie soufie Qadiriya Boudchichiya, femmes et hommes, interprètent des chants sacrés issus de leurs pratiques régulières. La Vérité ne se donne qu’à celui qui La cherche pour Elle-même, sans espérer en retirer pouvoir ou prestige. Dans le cheminement spirituel soufi, le disciple s’exerce à appeler sans cesse, avec toujours plus de sincérité et d’abandon, à la manifestation de l’Aimé. Cet appel prend la forme de l’invocation, qui consiste en la répétition de paroles belles et justes. Il prend aussi la forme de chants : appels exaltés du Divin, louanges passionnées aux prophètes et aux saints, méditations sur les mystères de ce monde et de l’Au-delà...

L'association Isthme est heureuse de vous annoncer ses « 16èmes Rencontres Parisiennes sur le Soufisme » qui auront lieu du 16 au 24 novembre.

L'association Isthme, créée en France en 1993, propose ces « Rencontres sur le Soufisme », et anime un programme de manifestations comprenant conférences, concerts, tables rondes et séminaires. Ces rencontres témoignent du patrimoine artistique, intellectuel et littéraire lié au soufisme dans le monde musulman. Elles sont aussi l'occasion de réflexions sur les questionnements de notre temps et des espaces d'ouverture et de dialogue. Ces rendez-vous se déroulent à Paris et en province et attirent chaque année plusieurs milliers de personnes.

N'hésitez pas à consulter les sites soufisme.org et isthme.org pour découvrir plus en détails les activités, et les différents évènements de notre association.

Qazal Arsalan şi cetatea lui

Qazal Arsalan (Unul din regii Persiei. A fost numit Qazal pentru că avea păr roşcat. Arsalan înseamnă "leu". n.t.) avea o cetate înălţată pe muntele Alvand (Numele unui lanţ muntos situat lângă Hamadan, la nord-vest de oraşul Isfahan. n.t.). Toţi cei care erau adăpostiţi între zidurile ei erau în siguranţă, deoarece drumurile sale erau precum un labirint, asemenea buclelor unei mirese.

Odată, Qazal l-a întrebat pe un învăţat care călătorise mult: "Ai mai întâlnit, prin locurile în care ai fost, vreo cetate la fel de puternică?"

"Este măreaţă", a venit răspunsul, "dar nu cred că îţi poate oferi prea multă putere. Înaintea ta, oare nu a fost în stăpânirea unui alt rege care deja este mort? După tine, oare nu va ajunge în mâinile unui alt rege care va consuma fructele pomului speranţei tale?"

În viziunea înţeleptului, lumea este precum un diamant fals care, mereu şi mereu, trece dintr-o mână în alta.

sursa: Istorioare cu tâlc din tradiţia sufită, Sa'di Shirazi, Ed. Sapienţia 2011

Cum a fost dojenit Tukla de către un înţelept

Odată, Tukla, un rege al Persiei, fiind în vizită la un înţelept, i-a spus acestuia: "Anii mei au fost lipsiţi de rod. După moarte, doar cerşetorul ia cu el bogăţii din această lume iar eu nu voi lua cu mine rangurile pe care le-am avut în această viaţă. De aceea, ar fi mai bine să mă aşez într-un colţ al moscheii pentru ca astfel să îmi petrec cu folos puţinele zile care mi-au mai rămas."

Auzind aceste cuvinte, înţeleptul s-a mâniat. "Destul!" a strigat. "Religia este făcută doar ca să îi servească pe oameni; ea nu se rezumă la mătănii, covorul pentru rugăciune sau la veşminte zdrenţuite. Fii un rege care cârmuieşte dar şi un credincios care respectă principiile morale! Religia cere fapte şi nu cuvinte, deoarece vorbele neînsoţite de acţiuni adecvate sunt lipsite de valoare."

sursa: Istorioare cu tâlc din tradiţia sufită, Sa'di Shirazi, Ed. Sapienţia 2011

12e Rencontres Méditerranéennes sur le Soufisme à Montpellier

Programme du Samedi 10 novembre 2012
 
17 h : Table Ronde sur le thème : "Quelle place pour le Sacré aujourd'hui ?"
   
 intervenants :
- Hakima Aït el Cadi
    sociologue, anthropologue, chargée d'enseignement à l'Université Lyon-1
- Maryam Dassa
    ergologue, co-auteure de "Corps-âme-esprit par une musulmane..." (Mercure Dauphinois)
- Raphaël Bloch-Lainé
    professeur de langue et civilisation françaises à l'Université Américaine de Paris
- Raphaël Feur
    kinésithérapeute, disciple d'une voie soufie depuis 15 ans
- Philippe Humeau
    consultant, spécialiste de la gestion du fait religieux en milieu professionnel
    
modération :
Jean-Louis Girotto
    ingénieur-chercheur, rédacteur en chef de www.soufisme.org
 
19 h : Pause - buffet
 
20 h Conférence / débat : "Quelques clés de l'enseignement soufi"
    avec Faouzi Skali
   anthropologue, directeur du Festival des Musiques Sacrées de Fès et du Festival de la Culture Soufie, disciple d'une voie soufie depuis 1977, auteur de "Le souvenir de l'être profond" (éd. du Relié).
 
    Introduction et conclusion avec l'Ensemble Rabi'a, groupe choral féminin fondé en 2004 interprétant des chants soufis a capella.
 
A travers l'évocation de son parcours personnel et des sources historiques issues de la tradition soufie, le conférencier abordera la dimension universelle et contemporaine de l'islam. Un débat avec la participation du public permettra de mettre en perspective les questionnements sur les enjeux actuels dans le contexte d'échanges mondialisés entre les peuples, les cultures et les idées.
 
22 h : Thé - échanges avec les intervenants
 
Programme du Dimanche 11 novembre 2012
 
11 h à 17 h : Atelier avec Faouzi Skali sur le thème "Le souvenir de l'être profond"

Sidi Hamza, le saint vivant

Al Shaykh Hamza al-Qâdirî al-Bûtchîchî, Sîdî Hamza pour les fuqarâ ses disciples, dégage la sérénité propre à ceux qui ont coupé les amarres avec le bas-monde, et qui l'a vu une fois ne peut l'oublier.
Mes doigts trébuchent sur les touches du clavier. Parler d'une personne exceptionnelle qui inspire à juste titre un sentiment de crainte révérencielle rend mes expressions incertaines. D'une grande simplicité, la stature majestueuse, la complexion fraîche, la face éblouissante de lumiére, al-Shaykh Hamza al-Qâdirî al-Bûtchîchî – Sidi Hamza, pour les fuqarâ ses disciples - dégage la sérénité propre à ceux qui ont coupé les amarres avec le bas-monde, et qui l'a vu une fois ne peut l'oublier. Il est comme un archétype vivant, rescapé des temps splendides de notre culture. Entouré de ses disciples, il rappelle les miniatures qui figurent un Jalâl al-Dîn al-Rûmî entouré des derviches mewlewi. Voyons les origines géographiques et historiques de ce maître soufi qui parle aux femmes les yeux baissés.

Sur un versant surplombant la plaine verdoyante de Trifa, au pied des montagnes des Banî Iznâssen, se trouve la zâouia Bûtchichiyya Qâdiriyya de Madâgh où Sidi Hamza reçoit et éduque des milliers de disciples depuis quil a succédé dans cette mission à son pére Sîdî al 'Abbâs, mort en 1972.

Sur Ie mur d'une des salles de la zâouia, une photo tirée du magazine " L’Illustration ", datée de janvier 1908 montre un vieil bomme à l'allure seigneuriale, assis prés de son cheval. L'homme est Sîdî al-Mukhtâr al-Bûtchîchi, grand-père de Sidî Hamza, contraint de déposer les armes après une résistance farouche à la pénétration militaire française dans la région des Banî Iznâssen. Il attend le général Lyautey avec lequel il va enterrer la hache de guerre. Ce document nous dit le passé glorieux de la famille Bûtchîchî dans la lutte contre l'occupant, et repousse les préjugés sur les "marabouts collaborateurs".

Aprés cela, les Bûtchîchî qui tiennent leur patronyme de l'abondance des victuailles en période de disette quittent la montagne où ils ont joui pendant six siécles de la vénération due aux descendants du grand shaykh de Baghdad Mawlây 'Abd al-Qâdir al-Gaylâni.

À Madâgh, al-Shaykh al-'Abbâs renouvelle la quête des ancêlres aux côtés d'un grand maître de la voie, Sidi Bû Madian al-Munawwar d'affiliation darqâwie, si scrupuleux qu'il refusait de manger à la table des nantis à la fortune douteuse, et connu pour son ascétisme et sa rigueur orthodoxe. Auprés de lui, le jeûne Hamza est initié à la doctrine soufie et reçoit une grande part de flux spirituel.

En Sîdî Hamza, on reconnaît un " héritier muhammadien " qui a une doctrine, une éthique, une politique, une esthétique, mais qui demeure insaisissable pour quiconque ne s'inscrit pas dans sa filiation spirituelle, cette grâce qui permet aux pécheurs d'accéder à la pureté intérieure.

Sîdî Hamza partage avec les doctrines politiques une idée-force, celle de l'aspiration à la liberté. Et si pour les politiques, il s'agit de s'insurger contre la servitude de l'homme par l'homme, le travail en amont de la doctrine soufie vise à libérer la personne d'elle-même, de ses faiblesses, de ses manques, de son ego, car l’essence du pacte (al-musâfaha) est une responsabilité ontologique et déontologique. 

A un inquisiteur tendancieux qui lui demandait " êtes-vous un homme de Dieu ? " il répondit " non. Mais je peux vous montrer un homme de Dieu parmi mes compagnons ". Réponse digne de la sagesse d'un grand maitre et réplique de l'adage soufi selon lequel ne peut connaître un saint qu'un autre saint. Autrement dit, inutile de s'identifier verbalement au saint devant celui qui ne peut le connaître essentiellement.

Al-Shaykh Hamza place un grand espoir dans ce qu'il est convenu d'appeler l'ère nouvelle dans notre pays. Il sait que désormais il peut aller faire ses check-up à Casablanca, ou visiter ses frères et disciples à Paris, Londres ou Montréal sans avoir à demander d'autorisations, que les rassemblements de sa confrèrie ne seront plus interdits, ou suivis d'interminables interrogatoires, et que ses disciples ne seront plus licenciés à cause de leur affiliation. Finies les exactions et autres pratiques d'oppressions endurées par les membres de la voie dans le silence et sous le joug d'une liberté provisoire, notamment depuis la démarcation en 1975 de l'ancien disciple, Abdeslam Yassine. De son côté, Sidi Hamza affirme à travers son enseignement qu'il n'y a aucun déviationnisme à craindre, car lui sait mieux que quiconque que le dernier chef de la zâouia dilâ'iyya du XVII° siècle n'a prétendu au pouvoir temporel que parce qu'il n'était pas un parfait initié en matière d'autorité spirituelle.

L'œuvre de Sidi Hamza est un travail de mise àjour d'une éthique inspirée du soufisme et adaptée aux temps. Éthique de dépouillement, de sobriélé, et de détachement. Sa perpétuation se fait par le biais de ses disciples. Affiliés à la voie et acteurs sociaux neutres ou appartenant à des partis politiques, ils sont de véritables régulateurs des principes fondamentaux, même si les programmes sur les modes de développement peuvent les diviser. Abhorrant toute conscience commune, Sidi Hamza affirme que " les divergences sur le détail sont une grâce ". Le maître de Madâgh est pour la protection des femmes contre les abus. En elles, il place de grandes attentes pour la propagation des principes de la voie. Il est pour l'ouverture et la tolérance compréhensive (al-was '). Sans doute l'illustration la plus éloquente de cette ouverture est cette perception de miséricorde qui fonde le dénouement du roman d'Ahmed Toufiq " Jârât Ab; Mûsâ ", car inspiré directement du vécu dans la voie auprès de ce maître. 

Tel un maître de l'Heure, cet octogénaire dont la fraîcheur d'esprit fascine les jeunes et dont les pesanteurs de la tradition entravent les élans s'avére ouvert aux nouveautés du temps Avec lui, c'est tout le soufisme qui accomplit sa mutation pour redevenir ce qu'il a toujours été " la part essentielle ". Pour Sidi Hamza qui aime les chants sacrés (al-sama'), la " transe " rigoureusement maîtrisée est un état édifiant, littéralement " imâra ".

Connaissant (‘arif) et sage, il fascine les érudits qui ont foi en l'éloquence de son silence intérieur, et savent dans leur intimité spirituelle qu'il détient cette autre science, médecine des maux des cœurs, et origine et support légitimes de la saimeté en Islam. Au-delà des contradictions du logos et de l'entendement, il fait accéder à une vérité qui irradie sur l'être pour le sortir de ses incertitudes, en ramassant ses morceaux épars et lui faisant retrouver son unité originelle. Une eau pure offerte à chacun selon le degré de sa soif. A charge pour le quêteur d'accompagner avec son cœur le maître qui a déjà fait le chemin. Méthode commune aux grands hommes de notre spiritualité, les quasi-muets tel Abû Ya'za, et les prolixes tel Ibn 'Arabi. Les disciples au Maroc et ailleurs de cet homme irrigué par les Noms de majesté et de beauté voient en lui un pair de ceux-là.

C'est déjà là un fait historique. Dans sa proximité, il devient normal de croire au saint qui vous fait rappeler Dieu, car il a cette aura enveloppante et ce " pouvoir " que lui-même assimile à une " chimiothérapie " douce à laquelle il faut s'exposer pour recevoir ses effets.

Ses particularités sont déroutantes. Il est la familiarité même quand il converse avec les fellahs sur les récoltes de mandarines ou d'artichauts. Et bien que ses disciples rapportent ses vertus spirituelles (karâmât) par centaines, son adage à lui, est cette formule héritée des grands maitres orthodoxes : " la rectitude est la plus grande vertu qu'on puisse attribuer à un homme de Dieu. Un saint véritable n'est vraiment vivant que lorsqu'il est mort.., mort à son moi ". Rivalise qui peut!

scrisa de Zakia Zouanat - sursa

Décès de la spécialiste du soufisme marocain, Zakia Zouanat

Zakia Zouanat, anthropologue et spécialiste du soufisme marocain et auteure d'une importante œuvre sur les prolongements de ce patrimoine dans le monde, est décédée, jeudi 30 août, à l'âge de 55 ans, des suites d'une longue maladie, rapporte l’agence de presse MAP.

Chercheuse à l'Institut des études africaines de l'université Mohammed V à Rabat, Zakia Zouanat était particulièrement connue pour ses travaux sur le patrimoine soufi du Maroc et les aspects de son influence à travers le monde. Son ouvrage magistral à ce propos est « le Royaume des Saints » qu'elle avait présenté, en 2009, à Mohammed VI.

Publié le 31.08.2012 - sursa

resurse suplimentare:


Zakia Zouanat : sélection d'articles


 

De l’importance du don (generosite) et de la servitude

Le don premier ou initial, don par excellence, est la création de l‟univers par Dieu, le Créateur, Source de tous les dons matériels et immatériels (al- Khaliq, al-Wahhab, al-Mou‟ti). C‟est de ce don que vient l‟homme... L‟abondance dans laquelle est créé l‟homme génère sa liberté. Mais pour assumer cette liberté, en être digne, l‟homme est appelé au même geste héroïque que le Créateur. Le don est la seule voie rendant possible l‟expérience de l‟abondance. Le don en conscience de son sens originel préserve l‟humain de la corruption et de la suffisance (istighna‟).

Donc de l‟homme, sont attendus reconnaissance et gratitude envers son Créateur dispensateur et donateur : cette reconnaissance attendue constitue le sens même de la religion.

Ainsi le don se transforme en offrande et en prière...

Le don constitue un patrimoine universel auquel toutes les religions ont contribué avant l‟Islam. Dans la péninsule arabique, les sociétés pré-islamiques considéraient la générosité comme une qualité relative à la haute noblesse.

En Islam, la reconnaissance attendue est prescrite, tout d‟abord, sous forme de don matériel obligatoire, la zakat, en vue d‟une purification immatérielle (la zakat est citée dans plus de 80 versets du Coran). Mais elle est également prescrite sous forme de sadaqa ou nafaqa (aumône volontaire ou spontanée), appelée ainsi par opposition à l‟aumône obligatoire. Enfin, le service - généré par l‟état de servitude du croyant - peut également être considéré comme forme de don : le don de soi...

Rappelons-nous cette phrase de Khalil Gibran : « Il y a ceux qui donnent sans éprouver de peine à donner, sans y chercher non plus ni joie ni conscience de leur vertu ; ils donnent, comme là-bas dans la vallée le myrte exhale son parfum dans l‟air. C‟est par leur main que Dieu parle et par leurs yeux qu‟Il sourit à la terre. »

Le don est avant tout un état d‟esprit, une disposition du coeur. Celui qui désire progresser spirituellement doit considérer l‟aumône, le don et le service au même niveau que la prière (la zakat étant un des 5 piliers de l‟Islam à l‟instar de la salat) et le dhikr. Seyed dit à ce propos : « Deux portes royales pour arriver à Dieu sont l‟invocation et la générosité. »

Zakat et Sadaqa :

Dans un hadith, seydina Omar racontait ceci : “Le Messager d‟Allâh (PSL) avait ordonné de donner l‟aumône et il se trouvait que j‟avais une certaine somme d‟argent. Alors je me suis dit : «Aujourd‟hui, je ferai mieux qu‟Abou Bakr, si j‟arrive un jour à rivaliser avec lui. » J‟ai donc fait don de la moitié de ma richesse. Le Messager d‟Allâh (PSL) m‟a alors demandé : « Qu‟as-tu laissé pour ta famille ? ». Je lui ai répondu : « J‟ai laissé l‟équivalent de ce que j‟ai donné. » Mais Abou Bakr avait apporté toute sa richesse et le Messager d‟Allâh (PSL) lui a demandé : « Qu‟as-tu laissé pour ta famille ? » Il a répondu : « Je lui ai laissé Allâh et Son Messager. » J‟ai alors dit à Abo Bakr : «Je ne rivaliserai plus jamais avec toi en quoi que ce soit...»

S‟il y a deux choses qui ne peuvent se rencontrer et cohabiter dans le coeur de l‟homme, c‟est bien l‟avarice et l‟adoration de Dieu. Dieu dit : “Vous voilà appelés à faire des dépenses dans le chemin de Dieu. Certain parmi vous se montrent avares. Quiconque cependant est avare, l‟est à son propre détriment. Dieu est Celui qui se suffit et vous êtes indigents” Q (47 ; 38)

Autres versets coraniques relatifs à l’aumône :
“Qui donne ses biens pour se purifier... “ Q (92 ; 18)

“Prélève une aumône sur leurs biens pour les purifier et les rendre sans taches.“ Q (9 ; 103)

“Celui qui, pour l‟amour de Dieu, donne de son bien à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, au voyageur, aux mendiants et pour le rachat des captifs, ...“ Q (2 ; 177)

“Ô vous qui croyez ! Dépensez en aumône une partie de ce que Nous vous avons accordé avant la venue d‟un jour où ni marchandage, ni amitié, ni intercession ne subsisteront. “Q(2; 254)

“Vous n‟atteindrez pas à la piété vraie, tant que vous ne donnerez pas en aumône ce que vous aimez. Quoi que vous donniez en aumône, Dieu le sait.” Q(3 ; 92)

« Quelle est la meilleure sadaqa ? » demandait un compagnon. Le prophète répondit : « C‟est la sadaqa que vous donnez lorsque vous êtes encore en bonne santé et robuste, craignant la pauvreté et espérant la richesse. »

Quelques règles concernant la sadaqa :
- La sadaqa envers un proche est meilleure que celle donnée à une personne éloignée.
- L‟aumône en secret (don à l‟abri du regard d‟autrui, discrétion) est supérieure à l‟aumône en public.
- Donner des choses licites
- Don lors du mois du Ramadan
-La fréquence du don est importante : un petit don répété est mieux qu‟un don important mais occasionnel.

L‟état de servitude ou don par le service :

Islam se traduit souvent par « soumission », mais on peut aussi traduire par « servitude » : dans le sens où l‟être humain se met au service du Divin, du Créateur. Il s‟abandonne à Lui, sans renoncer à sa capacité d‟action, par le don. Le don est l‟acte le plus proche de Dieu que l‟homme puisse réaliser…Le prophète (PSL) disait : “Le plus élevé des hommes est son serviteur”. Il est d‟ailleurs intéressant de constater que la racine des mots arabes “„ubudiya” (servitude) et “„ubadat” (oeuvres d‟adoration) ont la même racine („abd). Adorer et servir ont donc la même origine...

« Accroche-toi aux attributs de Sa Seigneurie et sois conscient de tes attributs de servitude ». Hikma de Ibn ata Allah

On rapporte dans la sira, qu‟une nuit, alors que le Prophète (PSL) se couchait auprès d‟Abû Bakr dans une grotte, ce dernier fût piqué par un scorpion caché dans un trou. Abû Bakr étouffa sa douleur afin de ne pas déranger le Prophète, mais ne put empêcher ses larmes de couler. Ce ne fut que quand une larme tomba sur les joues du Prophète, que celui-ci se réveilla et vit son compagnon en larmes. Préoccupé, Muhammad (PSL) lui demanda : « Qu‟as-tu Abû Bakr !» Il répondit : « Ce n‟est qu‟une piqûre, ô Messager d‟Allâh, pour toi je sacrifierais mes père et mère ! ».

A propos du service dans la voie, Seyd dit : « Il est nécessaire dans la voie de passer par ce service auprès du Maître. C‟est ce que j‟ai fait moi-même auprès de sidi Abû Madyan , lui lavant ses chemises, le servant, satisfaisant ses moindres désirs. Certaines personnes ont du mal à se mettre au service des autres. Même parmi les foqara, il en est qui trouvent cela très lourd à supporter.
Mais s‟ils font l‟effort de le faire tout de même, ils pourront se libérer des liens qui attachent leurs âmes. »

« Il y a des défauts dans le coeur qui ne s‟effacent que par le travail de la voie » Sidi Hamza

« Tout ce que tu fais par toi-même est difficile, tout ce que tu fais par Lui est facile » (Hikma)

Sidi Hamza et Sidi Hâj „Abbâs ont été au service de leur sheikh d‟une façon inconditionnelle et à un point tel qu‟on ne peut l‟imaginer. On se souvient comment sidi Hâj „Abbas, riche propriétaire terrien, après avoir attendu son sheikh sidi Abû Madyan pendant 35 ans, accueillit celui-ci et ses disciples avec une joie indicible et les pria de demeurer dans sa maison. Il leur dit que durant cette si longue attente, il avait suffisamment rassemblé de biens pour pouvoir désormais s‟occuper entièrement de ses hôtes, si bien-sûr ces derniers acceptaient de s‟installer définitivement chez lui.

Seyd raconte : « Mon père, sidi Hajj abas, était considéré dans la région où nous vivions comme un grand notable. Ceux qui le connaissaient ne pouvaient imaginer qu‟un homme comme lui puisse se lever et servir les autres. Quand il est devenu le disciple de sidi Abû Madyan, celui-ci lui demandait de se lever et de servir le thé aux autres foqaras. Mon père se précipitait alors pour s‟exécuter. Beaucoup de gens présents se disaient : « Qu‟est-ce donc cet esclavagisme, regardez un peu ce qu‟il lui fait faire ! ». Au moment où mon père allait prendre les plateaux contenant les verres, sidi Abû Madyan se tournait alors vers les gens qui pensaient ainsi et leur disait : « Savez-vous pourquoi je fais cela ? C‟est pour l‟éduquer et le libérer de son ego. » Mon père invoquait certes beaucoup, mais il se caractérisait surtout par sa grande générosité. Il satisfaisait le moindre des désirs du Maître et des disciples, essayant même d‟anticiper les besoins. C‟est cette grande générosité qui lui a fait hériter du sirr. »

En définitive, le service, le travail de la voie est d‟abord une intention du coeur, une orientation et un don de soi qui nous transporte vers la Proximité. Le travail de la voie agit en nous comme un médicament, et quelque soit le degré et l‟intensité de notre investissement, si nous voulons «gagner» pour reprendre une expression de Seyd, nous ne devons jamais oublier que c‟est nous qui avons besoin de la Voie, et non le contraire.

Sidi Abû Madyan pendant le ramadan ne prenait son pain et son lait à la rupture, que s‟il était servi par sidi Hamza. « Je veux que ce soit toi car chaque fois que tu prends soin de moi, Dieu prend soin de toi. » Seyd lui même l‟a rappelé : « Celui qui s‟occupe de moi (argent, service de la voie), Dieu prend soin de lui. »

La servitude, c‟est disparaître, lâcher nos désirs, nos idées (comment on voudrait que les choses soient), nos projets, pour faire corps avec le projet de Dieu. On a tous des qualités que l‟on peut mettre au service. Dieu nous montre ces qualités. Il nous faut les mettre au service.

Etre un serviteur, c‟est accueillir ce qui nous est donné, dire oui et se mettre au service comme on ferait une prière… avec la même présence dans le coeur que lorsque l‟on va faire du dhikr, le même amour, la même aspiration de Dieu. C‟est se prosterner devant ce qui nous est donné avec le même abandon que pendant la prosternation. Voir en tout ce qui nous est donné la main de Dieu… et celui qui est le plus proche de Dieu, c‟est son serviteur… Car il sait que dans tout ce qui est, Dieu est…

Devenir un serviteur, c‟est se demander, où mon coeur m'appelle ? Quelles sont les besoins de cette personne, quels sont les besoins de la voie ? Comment puis je me mettre au service ? Dans une situation qui ne nous convient pas, pluôt que critiquer, c‟est nous demander : que puis-je faire ?

Comme le dit sidi Faouzi, la voie, ce n‟est pas un marché où l‟on prend on peu de tomates, d‟oranges ou de carottes. Tant qu‟on est dans la voie en prenant seulement ce qui nous plaît (hal, mahabba, repas, …), on n‟a pas compris que la réalité même d‟un disciple, c‟est d‟être au service, de donner de lui-même.

Le don de Soi divinise l‟autre :

Le don, c‟est aussi savoir accueillir l‟autre dans sa différence : le don de Soi à l‟autre, de la meilleure partie de l‟être, sa dimension divine. Le don c‟est avoir la conscience de l‟autre, et la conscience que Dieu est dans l‟autre. Un don sans calcul, juste un mouvement du coeur. Le don est service permanent, l‟être humain est sensé offrir chaque minute, vécue pour Dieu, par Dieu, en Dieu. Le don de l‟écoute, du partage, du silence, de la compréhension, de la patience, de la compassion, d‟un sourire ou d‟un regard. Le don est l‟occasion d‟une précieuse alchimie. Le don divinise l‟humain : le don, c‟est s‟engager dans l‟échange, prendre conscience que Dieu est dans l‟autre, comme en soi-même. Le don, permet l‟Unité, par l‟autre. Donner, c‟est sortir de la gangue de l‟ego pour atteindre le divin en l‟autre.

Rétribution :

« Il se peut qu‟en te donnant Il te prive et qu‟en te privant Il te donne » Hikma de Ibn ata Allah.

Un agneau fut offert à l‟envoyé de Dieu qui en distribua la viande. „Aïcha lui dit : « Il n‟en reste plus que le cou ! » . L‟envoyé de Dieu lui répondit alors : « Il nous reste tout sauf le cou...». Ce hadith nous permet de comprendre que le bien véritable n‟est pas celui que l‟on épargne, mais celui que l‟on dépense pour Dieu.

L‟aumône dans le sentier de Dieu n‟est jamais une perte mais au contraire un investissement que Dieu fructifie dans cette vie et dans l‟au-delà. Le Tout-Puissant dit : « À celui qui fait à Dieu un beau prêt, Dieu le rendra avec abondance. Dieu restreint ou étend (Ses faveurs). Et c‟est à Lui que vous retournerez. » Q (2 ; 245)

Seyd dit à ce propos : « Dans la voie, si on désire un cheminement rapide, il est important de donner sans compter, sans calculer (de son temps, son argent, son hospitalité, ...). Le faqir reçoit dans la mesure où il donne, mais seulement s‟il n‟attend rien en retour. Par conséquent, il ne faut pas regarder “en arrière”, donner en notant tout ce qu‟on a donné sur un carnet, mais donner pour Dieu, donner comme si on jetait quelque chose à la mer, et ne pas penser avoir de droits sur la voie. »

« Ne demande pas de récompense pour ton acte, car tu n‟en es pas l‟auteur ; il doit te suffire comme récompense qu‟Il l‟agrée ». Ibn ata Allah

« Ne donne pas en espérant recevoir davantage. » Q (LXXIV ; 6)

« Dieu n‟a placé dans l‟au-delà la récompense de ses serviteurs que parce qu‟Il estime trop leur valeur pour les récompenser dans un monde qui passe et que ce bas monde est trop petit pour contenir ce qu‟Il veut leur donner. » (Hikma de Ibn ata Allah)

Conclusion :

Rien ne nous appartient, ni les oeuvres, ni l‟argent. C‟est toujours à Lui qu‟appartient toute chose. C‟est toujours Lui le Donateur. Dans une hikma, Ibn „Ata‟ Allâh exprime cette subtilité : «Lorsqu‟il veut manifester Sa faveur envers toi, Il crée en toi (une bonne oeuvre) et te l‟attribue.»

Nous finirons sur cette parole de sidi Hâj „Abbâs, après le décès de sidi Abû Madyan : « Je ne regrette qu‟une seule chose, c‟est de n‟avoir pas assez donné pour mon maître... ».

Istorioară


Se face adesea referire, pe Cale, la „at-taslim”, adica la increderea pe care trebuie s-o avem in Dumnezeu si in alegerile Sale, care se exprima prin propriul nostru destin.

In spatele acestui destin se ascunde o intelepciune care adesea, daca nu intotdeauna, ramane pentru noi de nepatruns. Si fiindca este de nepatruns, adesea, in lipsa noastra de clarviziune si in graba care ne caracterizeaza, ajungem sa ne distorsionam propriul drum, pana la a nu mai dovedi adab-ul cuvenit fata de Dumnezeu si de „prietenii Sai” [sufi].

In cele ce urmeaza, iata o istorioara din traditia sufita care ilustreaza infinita intelepciune si mizericordia lui Dumnezeu, ce stau la temelia destinului nostru.

„Intr-o buna zi, Dumnezeu, in nemarginita Sa maiestate, il intreba pe Ingerul Mortii:
- N-ai plans niciodata atunci cand a trebuit sa seceri sufletul unui om?
Ingerul Mortii raspunse:
- Ba da. O data am ras, o alta data am plans si o alta data am fost inspaimantat.
Dumnezeu Preainaltul i se adresa:
- Ce anume te-a facut sa razi?
Iar Ingerul raspunse:
- Am ras intr-o zi cand ma pregateam sa iau sufletul unui barbat, iar acesta tocmai ii cerea cizmarului sa-i repare cu grija incaltarile, fiindca vroia sa le mai poarte inca un an. Iar eu i-am luat sufletul cand nici nu apucase sa le ia inapoi de la cizmar.
Apoi Dumnezeu il intreba:
- Dar de plans, cand ai plans?
Iar Ingerul raspunse:
- Am plans cand mi-ai poruncit sa iau sufletul unei femei pe care am gasit-o singura, in desert, pe cale sa nasca. Am asteptat sa-si nasca pruncul si am luat sufletul mamei, plangand si eu de plansul copilului ei, ramas singur in desert fara ca nimeni sa stie de existenta sa!
In fine, Dumnezeu il intreba din nou:
- Si inspaimantat, cu ce prilej ai fost?
Iar Ingerul raspunse:
- M-am inspaimantat atunci cand mi-ai poruncit sa iau sufletul unuia dintre sfintii [awliya] Tai. Din casa acestuia razbatea o lumina puternica. Si ori de cate ori ma apropiam sa iau sufletul acelui om, lumina lui era si mai intensa.
Atunci Dumnezeu ii spuse Ingerului Mortii:
- Stii cine era sfantul acela? Era copilul mamei care nascuse singura in desert. L-am crescut Eu insumi si nu l-am incredintat nimanui altcuiva!”  

(traducere din lb. franceza de A.I.)